Nous vivons un moment de bascule historique.
Le pouvoir ne s’exerce plus principalement par les institutions politiques visibles, mais par le contrôle des infrastructures qui rendent possible l’existence économique, sociale, cognitive et désormais biologique des êtres humains. Travailler, produire, communiquer, s’organiser, s’informer — et demain penser, apprendre, se soigner — dépendent de systèmes techniques privés échappant au contrôle démocratique.
Cette évolution n’est ni accidentelle ni neutre. Elle correspond à une transformation profonde du capitalisme, dans laquelle les grandes puissances économiques ne cherchent plus seulement à influencer la démocratie, mais à s’en affranchir, voire à la remplacer par un ordre fondé sur la compatibilité technique plutôt que sur la souveraineté populaire.
Nous refusons cette trajectoire.
Le capitalisme de plateformes ne se contente plus d’organiser les échanges. Il tend à définir ce qui est viable, performant, acceptable — et demain ce qui est « évolué ». Les discours transhumanistes portés par certains acteurs centraux de la tech ne sont pas de simples visions futuristes : ils constituent une anthropologie politique compatible avec un pouvoir privatisé.
Dans cette vision, l’être humain est perçu comme insuffisant, trop lent, trop conflictuel. La solution proposée n’est ni sociale ni politique, mais technologique : augmenter l’humain, l’interfacer, l’optimiser. Ce glissement est décisif. Il transforme une crise démocratique et sociale en problème d’ingénierie, et fait de l’adaptation individuelle au système une condition de survie.
Nous affirmons que toute évolution humaine imposée par des intérêts privés est une régression politique et sociale.
Le « coup d’État de la tech » ne prend pas la forme d’un putsch. Il est silencieux, progressif, souvent présenté comme inévitable. Il repose sur un fait central : ceux qui contrôlent les infrastructures numériques, économiques et cognitives contrôlent de facto les conditions de l’existence.
Lorsque l’accès au travail, à la visibilité, à la communication — et demain à certaines capacités humaines — dépend de plateformes privées, la démocratie devient formelle. Le citoyen est remplacé par l’utilisateur. La loi par les conditions d’utilisation. Le débat politique par la mise à jour technique.
Ce pouvoir est d’autant plus dangereux qu’il se présente comme rationnel, neutre, scientifique. En réalité, il organise une nouvelle forme de domination de classe, fondée sur l’exclusion silencieuse et l’obsolescence programmée des êtres humains non conformes.
Face à un capitalisme globalisé, aucune lutte isolée ne peut triompher.
Les travailleurs précarisés, les peuples privés de souveraineté économique, les indépendants dépendants des plateformes, les citoyens exclus des choix technologiques subissent un même système sous des formes différentes.
La convergence des luttes n’est pas une option morale, mais une nécessité stratégique.
L’internationalisme n’est pas un idéal abstrait, mais la seule réponse possible à un pouvoir qui s’exerce à l’échelle mondiale.
Ce mouvement se construit sur l’unité des exploités et des dominés, par-delà les frontières, les statuts et les divisions organisées par le capital.
Nous affirmons une ligne claire et non négociable :
aucune démocratie n’est possible lorsque les conditions matérielles, technologiques et biologiques de l’existence sont confisquées par une minorité.
Nous refusons un avenir où l’humanité serait divisée entre augmentés et obsolètes, compatibles et superflus.
Nous voulons une démocratie capable de décider collectivement de son avenir technologique, économique et humain.
Il s’agit d’une nécessité historique, une nécessité pour la survie de l’être humain tel que nous l’avons toujours connu.
Il grandira par la convergence des luttes, l’internationalisme et la reprise collective du réel.