EUROFOOT 2020 – Considérations diverses et réalités arméniennes

Maintenant que plusieurs jours sont passés, que l’équipe italienne victorieuse a pu  profiter de son succès amplement mérité, qu’il devient urgent de pouvoir tirer quelques enseignements de plus de cet EUROFOOT 2020/21, au sujet duquel beaucoup a été dit et écrit…parfois même crié à pleins poumons!! J’aimerais y ajouter quelques mots tant sur le plan sportif, que sur le plan organisationnel et une fois n’est pas coutume, également sur le plan politique…et oui, car c’est lorsque l’UEFA et la FIFA décident de ne pas faire de politique, que le tout devient absolument politique, exposant 10.

Sur le plan sportif non seulement l’équipe la plus « joueuse » et la mieux équilibrée a méritoirement gagné son tournoi. Comme victoire dans un grand tournoi ne revient pas forcément toujours à l’équipe la plus méritante, nous devrons encore être reconnaissants pendant longtemps à Roberto Mancini d’avoir réussi à ainsi métamorphoser le jeu d’équipe italien. Pas de grande star au tour de laquelle il faille articuler certaines tactiques, beaucoup moins de problèmes d’égo de joueurs à gérer et surtout fini le trust des équipes turinoises et milanaises sur le noyau dur de l’équipe. Les joueurs sont issus de clubs du nord, du sud, de l’est et de l’ouest du pays, et 25 joueurs sur 26 auront joué au moins une minute avant la fin de la phase de poules. Mancini a créé une nouvelle « italianité », au niveau de l’équipe de foot pour sûr et plus largement et symboliquement sur tout un pays! La vraie réussite de Mancini réside dans sa meilleure compréhension de la gestion d’un groupe. On avait sous les yeux une bande de potes prêts à s’arracher les yeux pour leurs frères d’armes sur le terrain, ce qui rentrait en gros contraste avec une équipe de France dont les soucis d’égos des joueurs auront été une des causes principales de leur échec! Mancini a su créer un groupe performant et bien équilibré ou la grande expérience des uns, encadrait la fraîcheur et l’explosivité de jeunes pépites et ce sont d’ailleurs deux des plus jeunes joueurs avec Donnarumma et Chiesa qui auront été décisifs à plusieurs reprises…

Un deuxième élément que j’aimerais bien relever, aura été l’apport plus que positif de toutes ces « petites » équipes, plutôt toutes costaudes d’ailleurs, ou à défaut offensives et joueuses. Alors qu’avant cette augmentation de nations participantes j’étais assez réservé quant à l’implication d’équipes dont on pouvait craindre que les différences de niveau entre elles et les « grandes » nations du foot, ne leur réserve finalement que des postes d’accessit, une valeur d’ajustement comme une autre, pour utiliser un terme si cher au vocabulaire capitaliste…et bien que nenni! Elles ont mis le feu quand elles ont pu le faire et nous ont ainsi permis de vivre de bien belles émotions lors de matchs de poule. Du coup cela a fini de me convaincre que cette augmentation du nombre de participants permettra plus de spectacle, mais ne perdons pas de vue que nous parlons ici bien d’un championnat d’EUROPE des nations et on a parfois l’impression que la l’UEFA prépare le terrain à toute autre forme d’élargissement, bien plus politique et bien plus conséquent celui-là. Mais on reviendra sur les aspects « politiques » dans un instant…

Le plus gros bémol au niveau sportif est définitivement le très, le trop gros nombre de blessures, de chocs violents (surtout à la tête) et de fautes dangereuses commises pendant ces trois semaines de tournoi. La majeure partie de ces situations sont à mettre sur le compte d’organismes déjà largement entamés après une saison « Co-vid » extrêmement intense et avec pour certains joueurs plus de 70 matchs officiels au compteur avant de commencer le tournoi. La plupart des joueurs sont arrivés à plat et pour certains déjà légèrement blessés pour commencer la préparation à l’Euro. Beaucoup, sinon la plupart n’auront après cet ultime effort de la saison à peine deux semaines de congé pour se détendre un peu et se ressourcer en famille, avant de devoir répondre présent en club. Les conséquences de la Co-vid sur les organismes et la psyché de joueurs certes professionnels, mais pas corvéables à l’infini, auront d’abord généré beaucoup de fautes et de chocs dus à la trop grande fatigue des organismes et aux retards de quelques demi secondes sur tel tacle ou tel intervention musclée. La tête interprète les gestes à réaliser, mais le corps ne répond pas comme il a l’habitude le faire…sauf qu’au plus haut niveau sportif mondial des chocs mal-maîtrisés et les organismes affaiblis font plus de dégâts et ça s’est vu à de trop nombreuses reprises je trouve!

Il est dorénavant important et urgent de vérifier combien de joueurs ne pourront pas ou plus reprendre leur place dans leur club en début de saison prochaine. Pour certains l’impact de telles blessures pourrait avoir des conséquences désastreuses sur la suite de leurs carrières, si les organismes ne trouvent pas plus de repos à un certain moment donné. But the show must go on!

Pour illustrer mes propos, rappelez-vous le grand nombre de chocs violents à la tête que certains joueurs ont subi, avec les traumas crâniens qui les sous-tendent! Perte de connaissance de 5 à 6 secondes pour B. Pavard, champion du monde. Le staff médical de l’équipe de France l’a tranquillement laissé reprendre sa place après une perte de connaissance!!! La première question qui vient est naturellement celle sur les protocoles médicaux d’urgence qui existent dans chaque sport de haut niveau et qui doivent être appliqués par tout le monde, pour la sauvegarde de la santé des joueurs. Visiblement, et même s’il existe sur papier, ce protocole n’est pas apparu comme contraignant. Le bon-sens médical aurait interdit à Pavard de rejouer. Il a rejoué! Allez les Bleus!

Voilà ce que je trouvais intéressant de relever encore une fois et ce que je retiendrai aussi de cet EUROFOOT au niveau sportif.

Penchons-nous un instant sur les aspects organisationnels, les villes hôtes ou comment tant de concurrence faussée, comment autant de Real-politik a pris le dessus dans un domaine qui s’est toujours auto-proclamé « apolitique », favorisant certains et défavorisant beaucoup d’autres…

Après les deux dernières décisions de la FIFA et de l’UEFA lors de l’attribution des futurs pays organisateurs, qui a entre autre vu le QATAR remporter la course à l’investiture pour l’organisation de la coupe du monde 2022. Je rappelle pour mémoire que dû au climat désertique les matchs se joueront à des températures avoisinant les 30°, ce qui est formellement interdit par l’OMS, aucun organisme humain ne pouvant faire face à de telles chaleurs et jouer à son plus haut niveau, ces matchs auront lieu dans des stades climatisés pour garantir le confort des spectateurs et accessoirement faire un peu baisser la température sur le terrain aussi. Une telle ineptie écologique, à notre époque et non seulement scandaleux, mais devrait être interdite!!! Lorsqu’on rajoute à ça que les stades climatisés dans lesquels auront lieu les matchs auront été construits sur les cadavres de centaines d’ouvriers exploités et traités comme des esclaves modernes, on n’en demandera pas plus, stp!!

 (n.b. La Norvège est à ce jour la seule équipe dont les équipes masculines et féminines ont décidé de boycotter le tournoi et ont annulé leur participation, si jamais ils et elles devaient se qualifier! )

Le choix d’organisation hybride dans plusieurs villes et pays participants pour l’organisation de cet EUROFOOT 2020 aura certes été dicté par les différences existant entre pays organisateurs au sujet des mesures sanitaires, imposés par la Co-vid, mais d’autres forces étaient clairement en jeu lors des choix d’attribution des villes organisatrices. On peut désormais affirmer sans ambages que la corruption au niveau de l’UEFA s’est institutionnalisé. Le pays (ou la ville) qui pèse et payera le plus remportera désormais la course, inutile d’évoquer l’égalité des chances entre participants, ni de concurrence non faussée. Jamais ces deux organisations avaient autant fait fi de l’éthique et du respect des règles dans un processus d’attribution généralement fort encadré, même si jamais transparent.

Et aujourd’hui, après ce « taylor-made Championship » (but still lost) offert à l’équipe d’Angleterre, après avoir permis à deux dictateurs de se refaire une virginité d’image médiatique à coups de millions spoliés à leurs populations (Erdogan et Aliyev) et de permettre à un autre (de dictateurs) d’afficher son homophobie en mondovision et avec le soutien implicite de l’UEFA, car qui ne dit rien consent toujours, on est en droit de se poser la question du pourquoi et comment on en est arrivés là?!!

Favoriser Londres, la Grande-Bretagne et surtout le marché le plus porteur en termes de partenariats et de retombées économiques est pour moi une simple question de calcul comptable. L’Angleterre et sa Premier League sont aujourd’hui les marchés qui rapportent le plus au football…enfin à ses dirigeants et partenaires commerciaux surtout. Créer le buzz au tour d’une équipe qui a du mal à gagner quoi que ce soit depuis l’abandon des poteaux carrés pour mieux activer le réseau télé et publicitaire anglais, pour mieux engranger les patates, beaucoup de patates, plus que dans n’importe lequel des autres pays ou villes candidates. Ça schlingue la muerte, mais correspond à l’évolution ultra-libérale du foot de plus en plus business. Ca vient avec le V.A.R.et le désir de plus en plus affiché de créer une super-league de super-riches…bref, rien de neuf sous le soleil capitaliste.

Avec le choix de Bakou, l’UEFA s’est définitivement discréditée et pire encore, elle aura fait de la politique…Choisir une ville non-européenne comme ville hôte est déjà problématique à la base, mais choisir un pays et un président avec du sang frais sur les mains, soutenu pour le côté financement occulte par son collègue dictateur du pays voisin, avec tout autant de sang sur les mains que le premier devient carrément criminel et éternellement honteux. En effet, il faut quand même rappeler que Ilham Aliyev, président de l’Azerbaidjan, avec le soutien militaire et politique du président turc Erdogan vient d’achever une guerre d’agression et d’annexion contre l’Arménie. Ces deux hommes devraient se retrouver devant un tribunal international pour répondre de leurs lâches actes meurtriers, et au lieu de ça, les responsables de l’UEFA choisissent de permettre à ces deux salopards de se refaire une virginité d’image médiatique à coups de millions spoliés à leurs populations respectives et qui ont encore la trace du sang, le goût des cendres et le poids du crime sur leur dos!!! 

Lors du match d’ouverture qui s’est déroulé à Bakou, je me suis presque étranglé à chaque fois que les réalisateur télé de l’UEFA faisait apparaître les couples Aliyev et Erdogan, sourire satisfait aux lèvres et faisant croire à tous les ignorants de la terre, cette fraternité entre peuples meurtriers, trop soulignée par une répétition de cadrages, montrant les présidents en dessous des drapeaux nationaux, des deux seules nations non-européennes…de cet EUROFOOT; 

Je pense à mes frères et soeurs Arménien.ne.s et me dis qu’ils et elles n’ont jamais dû se sentir aussi publiquement lâchés et humiliés devant la face du monde. Leur souffrance et leurs deuils étant rangés tout en bas des considérations de nos nations avides de sport spectacle et incapables de réaliser que pour leur confort, d’autres sont aujourd’hui morts une deuxième fois, après ce lâchage public de l’Arménie! 

Il est désormais clair qu’en offrant une tribune et un ravalement de façade médiatique à ces deux présidents prédateurs à coups de millions spoliés à leurs populations, l’UEFA a fait la politique du mieux offrant, se pinçant le nez à la signature des contrats et en enfonçant toute la communauté arménienne dans une solitude encore plus pesante qu’au sortir des combats il y a quatre mois…

Quelle honte !!!