Comme des enfants adultes…

Lorsque je revois ces images de jeunes faisant la fête sous un plafond en feu, choisissant le seul moyen à leur portée pour rendre l’urgence supportable — leur téléphone portable et le monde virtuel auquel il donne accès — je ne peux m’empêcher d’y voir un miroir troublant de notre monde adulte.
Un monde tenu à distance, observé depuis une bulle numérique, artificielle, rassurante dans son irréalité.

Car lorsque je vois notre monde brûler et des foules applaudir le pompier pyromane par réseaux sociaux interposés, enfermées dans un univers d’émotions prémâchées, de haine de l’autre et de renoncements à la raison, je dois bien admettre que nous ne sommes pas si différents de ces jeunes coincés dans un bar à Crans-Montana un soir de Nouvel An.

Nous assistons à une attaque sans précédent contre ce qu’il reste de démocratie et d’État de droit, et nous en remettons les clés sans sourciller à un pédophile, voleur et violent, comme si rien de tout cela n’était problématique. Comme si notre système de valeurs n’était qu’une posture creuse, un décor de façade.
Les mots pédophilie et génocide semblent avoir perdu toute capacité à choquer, tout comme la violence réelle et criminelle qu’ils recouvrent. Ils sont relégués à une sphère virtuelle, déconnectée du réel, entretenue par une élite qui ne conçoit la démocratie que comme le mode d’exploitation le moins contraignant pour des desseins agressifs et foncièrement totalitaires.

Le capitalisme, lui, révèle et exacerbe ce que l’être humain a de plus vil. La mise en concurrence qu’il impose commence avant même la naissance. Trouver une place en crèche devient le premier stress compétitif des parents — et de l’enfant à venir.
Ce stress maternel, transmis intégralement par le cordon ombilical, façonne déjà le futur petit citoyen capitaliste, conditionné à la concurrence avant même de savoir respirer seul. Il n’est donc pas excessif d’affirmer que le sous-financement chronique de l’éducation contribue directement à amplifier cette logique et les comportements égoïstes qui en découlent.

Très tôt, nous apprenons à jouer des coudes, à nous imposer par tous les moyens disponibles pour obtenir le droit de grandir, d’apprendre, d’exister — quitte à ce que d’autres en soient privés.
Cette réalité n’est ni le fruit du hasard ni de la malchance : elle résulte de décisions politiques et économiques délibérées, conçues pour nous opposer les un·e·s aux autres et faire prospérer une société qui exclut structurellement les « moins chanceux », souvent les moins dotés matériellement.

De cette concurrence permanente naît la peur : peur de perdre son emploi, son logement, ses prestations sociales — une peur qui se mue aujourd’hui en peur de l’autre.

Diviser pour mieux régner.

Le capitalisme s’inscrit dans la continuité logique d’un monde patriarcal et suprémaciste. L’exploitation violente par la classe possédante ne peut prospérer que dans un ordre masculin dominant, où les femmes sont réduites au statut de marchandises exploitables.
Et parce que la force brute seule n’a jamais suffi à assurer une domination totale, le mâle dominant a inventé les religions monothéistes, transposant au monde spirituel les mêmes logiques d’exploitation et de soumission. Les femmes y sont exclues des sphères décisionnelles, cantonnées au rôle de servantes écarlates, reproductrices dociles et obéissantes.

Malgré ce que l’on a tenté de nous faire croire, la religion n’a jamais été le socle de nos valeurs morales ; elle fut avant tout un instrument de pouvoir — de l’homme sur la femme, et de l’homme sur tous ceux qui pensent hors du cadre imposé par la classe dominante.

Si je reviens ici aux fondements du système capitaliste, c’est parce que l’alliance entre violence étatique et instrumentalisation de la peur — perfectionnée par les religions — constitue l’un des outils de domination les plus efficaces et les moins coûteux jamais conçus.
La promesse du paradis, la menace de l’excommunication, du bûcher ou de l’exclusion sociale ont permis à l’Église de se maintenir au sommet de la chaîne de pouvoir, notamment grâce à un système de délation institutionnalisée — la confession étant sans doute le premier service de renseignement de l’histoire.

Aujourd’hui, les géants de la tech, alliés à une poignée de méta-milliardaires, ont remplacé les têtes couronnées, et les réseaux sociaux ont pris la place des religions.
La peur reste le moteur central de la domination. La gestion politique désastreuse et alarmiste d’une crise sanitaire mondiale a poussé ce levier à son paroxysme, vidant une grande partie de l’humanité de sa capacité à apprivoiser la peur, la rendant omniprésente et toute-puissante.

Les séquences guerrières et génocidaires qui ont suivi n’ont fait qu’aggraver le sentiment d’impuissance collective et nourrir le désir d’un retour à l’ordre, à la stabilité, à la simplicité.
Au point de rendre beaucoup prêts à accepter n’importe quel sauveur autoproclamé promettant calme et sécurité — fût-ce au prix de la violence et de l’abandon de notre souveraineté.