CONSCIENCE COLLECTIVE ET LUTTE

Une des conditions « sine qua non » à toute expérience de conscience collective réside dans la construction et l’organisation de liens sociaux, car nous devons être connectés les un.e.s aux autres, ainsi qu’à notre histoire commune pour en faire l’expérience. Le premier niveau de connexion est d’ordre inter-personnel et émotionnel, le second niveau définit les contextes et vécus partagés. Ne plus « ressentir » l’autre nous prive de l’unique outil efficace et intuitif dont l’humain dispose, à savoir son baromètre intérieur qui l’aide à décrypter toutes ces impulsions « qui viennent du ventre », ces indicateurs innés sur lesquels vient ensuite se poser notre Raison. Avoir confiance en soi signifie en gros accepter son ressenti, son intuition!! D’autres appelleront ça notre côté reptilien et animal. La juste expression de ce ressenti présuppose par la suite l’expression la plus claire possible de toute une palette d’émotions, qu’interprète et nous dicte notre raison. Limiter cette capacité d’expression émotionnelle, et brouiller par ce fait notre capacité à générer du Sens, signifie empêcher, voire l’interdire, aux hommes et aux femmes de faire l’expérience d’un ressenti, ainsi que, par la force des choses, d’un vécu commun.

Saper ce processus essentiel chez l’humain a été et reste un des objectifs atteint!!) les plus importants du système capitaliste ultra-libéral. Car l’individualisation à marche forcée imposée par une classe dominante, qui elle, semble avoir tirée tous les enseignements nécessaires de l’unique moment où le rapport de force dominant-dominé leur aura été défavorable en tout début de 20ème siècle, aura mené à la seule période où l’expérience d’une véritable conscience collective a découlé sur une réelle et efficace organisation collective. Le peu de droits sociaux et humains à l’époque concédés, en demeurent aujourd’hui les seules et uniques références historiques, démontrant qu’en se reconnaissant des objectifs communs, il y a moyen d’inverser un rapport de force par trop favorable aux dominants.

Plus d’un demi siècle d’individualisation de la pensée (unique donc!) et de manipulation de masse, principalement grâce à l’utilisation de la publicité et de la télévision, canal de diffusion idéologique qui a entre temps été perfectionné et remplacé par l’internet, réussissant par ce biais à parachever cette individualisation grâce à un ciblage de plus en plus personnalisé…individualisé du spectateur-consommateur ainsi biberonné à l’idéologie consumériste et superficielle capitaliste, ne pouvant plus ni y échapper, ni la refuser…De crises économiques artificielles, en crises sociales recherchées par le pouvoir dominant, l’appauvrissement et l’exploitation encore perfectionnée des couches les plus fragiles de la société en est le premier objectif non-avoué, mais clairement recherché. Pour s’en sortir les travailleu.r.se.s sont de plus en plus souvent obligés de cumuler deux, voire trois emplois mal rémunérés et les rythmes d’exploitation patronaux se rapprochant de plus en plus des rythmes  de travail prévalant avant que nous n’obtenions de haute lutte l’instauration d’outils de protection sociale et de régulation des temps de travail, confisquant à la classe laborieuse, qui soit dit en passant englobe aujourd’hui une bonne partie de la classe dite moyenne, en plus de son énergie, l’élément le plus précieux de tous: le temps! Le temps pour réfléchir et exercer un sens critique, mais également le temps pour débattre, le temps pour s’organiser et finalement le temps pour agir….

Comme le philosophe Jacques Rançière le décrivit de manière aussi lucide que factuelle dans sa thèse « La nuit des prolétaires », la combinaison de la peur (peur de perdre son boulot, peur de tomber malade, peur de la pauvreté, peur de l’autre, etc.) et du manque de temps (dû aux temps de travail et d’exploitation patronaux) ne font qu’accélérer, voire renforcer un repli sur soi (d’abord moi et les miens devenant seulement moi et les miens) et c’est ici que l’individualisation totale générée par l’absence de système politique au service de la communauté atteint pleinement l’objectif recherché par une classe dominante aux relents de plus en plus fascisants et qui aujourd’hui à travers une violence d’Etat omniprésente et omnipotente, s’immisce jusque dans les derniers recoins de nos sphères privées (dernier exemple le tracking connarovirus): 

Diviser pour mieux exploiter, diviser pour mieux régner!! C’est vieux comme le monde et le monde n’a toujours pas appris…La captation de toute possibilité de raisonnement collectif, la criminalisation rampante de toute activité politique et de lutte contre le système, couplée à l’absence quasi totale de réflexes collectivistes dans les plus jeunes générations sont le résultat d’une destruction institutionnalisée et obsessionnelle, de tout élément ou contexte favorable à l’éclosion, même embryonnaire de tout expérience de conscience collective, car c’est dans cette conscience collective que se trouve la source du changement!