Le Moyen-Orient, du nouvel ordre mondial à l’ordre du chaos : De Koweït city à Gaza city, des doctrines Bush à la crise palestinienne actuelle

“L’histoire de toutes les sociétés jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte des classes.”– Karl Marx

À la fin de la guerre froide, les États-Unis s’imposent comme la seule superpuissance mondiale. Sous les présidences de George H. W. Bush et George W. Bush, la politique étrangère américaine va remodeler le Moyen-Orient, non pas au nom de la paix ou de la démocratie, mais au service des intérêts du capitalisme mondial et de sa reproduction impérialiste.

Le « Nouvel ordre mondial » annoncé par Bush père en 1991 masquait une réalité plus brutale : la soumission du Moyen-Orient à l’économie de marché globalisée et la sécurisation des ressources énergétiques. La première guerre du Golfe a inauguré une nouvelle ère d’interventionnisme où les armes et le pétrole deviennent les leviers d’un capitalisme militarisé.

Après le 11 septembre 2001, le fils, George W. Bush, fait de la « guerre contre le terrorisme » un projet civilisationnel. L’invasion de l’Irak (2003) incarne ce moment où la destruction d’un État devient un moyen de privatiser ses ressources et d’imposer un modèle économique néolibéral. Le chaos engendré n’est pas accidentel : il est le produit recherché d’une domination durable. Israël, soutenu par Washington, agit comme le relais militaire et technologique de ce système. La colonisation de la Palestine, la construction du mur de séparation et les blocus sur Gaza ne relèvent pas de la sécurité, mais de l’ingénierie coloniale. La Palestine devient un laboratoire de contrôle social et territorial au service du capitalisme global.

Les guerres du Golfe, d’Irak et d’Afghanistan, puis les printemps arabes dévoyés, ont révélé la faillite d’un modèle impérialiste qui ne peut survivre qu’en reproduisant la guerre. La militarisation du capital devient le cœur du système mondial, alimentant les marchés d’armement et la dette, tout en détruisant les sociétés.

La paix au Moyen-Orient ne naîtra pas des équilibres diplomatiques, mais d’une transformation radicale des rapports économiques et politiques : souveraineté populaire, justice sociale et solidarité internationale. Le chaos impérial n’est pas une fatalité : il peut devenir le point de départ d’une refondation émancipatrice.

Trente-cinq ans après la première guerre du Golfe, le projet impérial américain s’essouffle. L’ordre unipolaire né en 1991 n’a produit ni stabilité ni prospérité pour les peuples du Sud, mais une succession de guerres, d’embargos et de reconstructions profitables au capital transnational. Le chaos moyen-oriental n’est pas une erreur de trajectoire : il est la manifestation d’un modèle d’accumulation fondé sur la destruction, où la guerre devient un rouage économique permanent.

Cependant, l’hégémonie du dollar et du complexe militaro-industriel américain est désormais contestée : l’émergence du pôle eurasiatique — Chine, Russie, Iran, Inde, et le monde arabe reconfiguré — rebat les cartes. Mais ce basculement n’implique pas encore l’émancipation : il ouvre une phase multipolaire instable, où de nouveaux impérialismes cherchent à s’imposer sans rompre avec la logique du profit.

Face à la guerre et au génocide à Gaza, la Chine adopte une posture de non-intervention et de condamnation rhétorique, sans action concrète. Ce refus d’agir militairement ou diplomatiquement traduit une stratégie de neutralité intéressée, fondée sur la préservation de ses marchés énergétiques et de ses alliances commerciales, plutôt que sur une solidarité internationale réelle.

Ce comportement révèle une contradiction du capitalisme d’État chinois : d’un côté, Pékin se présente comme adversaire de l’impérialisme occidental ; de l’autre, il bénéficie du statu quo mondial qui lui permet d’acheter du pétrole bon marché et de consolider sa place dans les institutions globales. La Chine ne cherche pas à détruire l’ordre impérial, mais à en hériter pacifiquement.

Ce non-interventionnisme s’inscrit dans une stratégie plus large : la préparation d’une révision négociée du statut de Taiwan. Plutôt qu’une confrontation militaire frontale, la Chine semble miser sur une érosion progressive de l’influence américaine en Asie, profitant des divisions internes du bloc atlantiste. Le dossier taïwanais pourrait devenir l’illustration d’un impérialisme rationalisé, où la domination ne passe plus par la guerre ouverte, mais par la pression économique et technologique. Le danger n’est pas l’affrontement, mais la normalisation d’une hégémonie douce, fondée sur la dépendance et la surveillance.

La transition multipolaire actuelle ne garantit pas l’émancipation des peuples. Les BRICS, malgré leur discours anti-occidental, reproduisent pour l’instant les structures du capital : compétition, extractivisme, croissance infinie, répression sociale. Sans internationalisation  des luttes populaires — palestiniennes, ouvrières, féministes, écologiques —,  le monde risque simplement de passer d’un impérialisme américain à un concert d’impérialismes concurrents.

L’avenir du Moyen-Orient, de la Palestine, mais aussi de l’Asie et de l’Afrique, dépendra de la capacité des peuples à imposer une solidarité de classe mondiale contre toutes les formes de domination, qu’elles soient américaines, chinoises ou régionales.

Le XXI siècle ne sera pas celui de la paix entre puissances, mais celui de la lutte pour la libération humaine face à tous les empires.