C’est lorsque mon ami Manu m’a dit que le fait que j’aie du mal à retrouver l’envie de vie sociale, au moment où la majeure partie de mes ami.e.s et camarades fêtaient une légèreté retrouvée, venait d’une période de confinement trop longue et que je souffrais probablement du « syndrome de la cabane », c’est-à-dire que je faisais partie de ceux et celles qui vont avoir besoin de temps avent de se réadapter à cette vie d’avant, sociale et sans distanciation d’aucune sorte…Peut-être?
En tous les cas pour ma part je réalise que certaines choses avaient durablement changé entre la période « avant Co-vid » et le momentum du « vaccin triomphant » que nous vivons actuellement…
Depuis le début du « déconfinement progressif », l’arrivée du beau temps et des hormones vivifiantes, depuis ce « retour à la normale », j’ai beaucoup de mal à me réconcilier avec l’insouciance générale et un retour dans une société qui semble avoir perdu de vue que les fractures et clivages déjà importants et poussés dans leurs extrêmes par une génération de dirigeants tel que Orban, Trump et autres Bolsonaro, Macron, Johnson (qui depuis plus d’une décennie sont occupés à détricoter les derniers fils du lien social, en s’attaquant de front à la plupart des acquis de la gauche), sont aujourd’hui encore plus béants.
La gauche qui peine à se redéfinir comme alternative politique réaliste et durable et dont la faiblesse fait partie intégrante du scénario qui vient juste de se dérouler sous nos yeux ébahis et tellement insouciants, n’aura à aucun moment pu peser sur les orientations plus que droitières et plus que libérales que cette gestion de crise sanitaire nous aura imposé.
Des millions de réponses individuelles n’ayant jamais réussi à constituer une réponse à un problème résolument collectif, l’option vaccination de masse n’ échappera point à cette réalité pourtant assez facilement compréhensible à mon sens. La vaccination aura au moins permis de juguler la crise « clinique » et à faire baisser le baromètres de l’angoisse et les thermomètres des personnels hospitaliers, il ne manquerait plus que pour 1.7 milliards d’euros la camisole chimique ne ramène pas un peu de sérénité dans nos envies de consommer et vivre « comme avant »…Car du monde d’avant, il apparaît clairement que nous avons tou.te.s surtout repris les anciennes mauvaises habitudes de consommation. Les avions remplis et toutes les destinations exotiques, accessibles à moins de 300 euros, les tongs aux pieds et le sourire du riche, soulagé et vacciné, comme preuve de son soulagement et de sa capacité de faire comme il lui plaît, quand ça lui plaît et bien sûr où ça lui plaît.
Même si certaines prises de conscience essaient de faire réagir de manière constructive et auto-critique, il est désormais très compliqué ne fusse que de discuter de possibles alternatives ou accompagnements de l’option du tout chimique, tellement le sujet pro ou anti-vaccin aura élargi les fossés déjà existants. Le « complotisme » étant devenu le réceptacle de tous nos renoncements collectifs, c’est pourtant cette catégorie qui englobera toute tentative d’argumentation contraire au dogme libéral qui nous a été imposé pendant cette gestion de crise.
Quid d’une remise en question individuelle et collective dans la construction de cette énième crise capitaliste, qui a peut-être trouvé ses origines dans une crise sanitaire aux conséquences lourdes et tragiques à de nombreux niveaux, et pas uniquement en termes de décès comptables, mais qui de par ses choix politiques de sortie de crise aura généré des changements sociaux très importants…de mémoire, je ne peux me remémorer crise politique et sociale ou autant de lignes auront bougé en aussi peu de temps. Et aujourd’hui je considère cette gestion de crise comme la plus sévère et violente reprise en main du système par la droite et ses extrêmes, depuis longtemps en temps de paix. J’en étais même venu à utiliser le terme de « darwinisme social » concernant cette gestion de crise, qui aura vu émerger de nouveaux milliardaires d’un côté et aura laissé un champ de ruines économique et social pour toutes les classes laborieuses et aura débarrassé le système de tous ceux qui coûtent trop et ne rapportent pas assez. Le vaccin ne nous aura je l’espère pas fait oublier les gilets jaunes….
Mais ne parlons pas ici des gagnants de la crise, ces patrons charognards et futuro-compatibles, mais intéressons nous aux perdants, essayons de
comprendre qui a perdu et combien? Intéressons-nous à ceux est celles qui désormais vont plus souffrir qu’avant.
Et comment ne pas commencer par tou.te.s ceux et celles que le bon peuple aura si chaleureusement et solidairement applaudi sur leurs balcons en début de crise? Comment ne pas triplement souligner l’incurie de nos dirigeants et l’absence de réelle volonté politique dans l’amélioration et le renforcement de notre système de santé, pourtant en partie responsable de l’ampleur qu’aura cliniquement pris cette crise! Est-ce que les salaires de ces combattant.e.s de première ligne ont été ou seront correctement revalorisés? Est-ce qu’il est prévu de renforcer des équipes soignantes exsangues et au bout du rouleau? Est-ce que les nombreux arrêts maladie et les interruptions ou fins de carrière dues à l’épuisement et au climat inhumain dans les hôpitaux sera rapidement pris en compte et les soutiens nécessaires mis en place? Quid de l’achat de matériel d’urgence pour ce type de pathologie? Quid de la levée de brevet immédiate et incontournable sur tous les vaccins? Quid de la nationalisation des secteurs stratégiques, dont la santé fait naturellement partie et plus uniquement comme entité d’ajustement budgétaire? Poser les questions est malheureusement déjà y répondre un peu…
Et que dire du corps enseignant et de toutes les professions à caractère social? Les mêmes questions de revalorisation, d’engagement et d’accompagnement mieux adapté aux réalités sociales, dont les horreurs ont été rendues visibles à travers les affres d’une crise sanitaire qui aura surtout touché les plus pauvres, les plus fragiles. Comme la lèpre, la Co-vid aura agi comme une maladie de promiscuité, et donc de pauvreté absolue…et dont les conséquences sur le long terme sont aujourd’hui encore impossible à évaluer, la seule chose qu’on sait c’est que nous savons que les dégâts psychologiques et mentaux seront difficile à juguler, car trop nombreux et trop difficilement détectables. Ce qui n’enlèvera rien aux conséquences stricto sensu.
Venons en à la CULTURE…Comment dire ce qu’on ne peut que pleurer? Le monde de la culture, ce dernier électron libre et seul levier individuel et collectif favorisant l’émancipation par le questionnement était déjà souffrant avant cette crise « sanitaire » et déjà pour grande partie sous perfusion contrôlée des deniers publics, aura été catapultée à l’âge de pierre (j’exagère un peu, mais à peine) en termes de financement et de liberté de création. Car financièrement exsangue dû aux fermetures absurdes et inutilement prolongées, parfois par bataillons de policiers interposés, le monde culturel sera désormais et pour longtemps très dépendant des pouvoirs politiques en place. Ce coup de force idéologique et politique, car il s’agit ici de choix éminemment politiques, nous rappelleront pour souvenir et pour information, que lorsque l’extrême droite et ses idées deviennent majoritaires, la culture se doit d’être aux ordres. Il ne suffit que d’ouvrir un manuel d’histoire ou de se promener dans les musées, comme le Prado de Madrid par exemple. La salle dédiée à la production artistique sous l’ère franquiste ressemble à du sous-Riefenstahl. Des commandes à la gloire de! Une culture aux ordres et uniquement destinée à enfumer le bon peuple. Après on a la lecture de l’échiquier politique qu’on peut. Mais pour moi l’extrême droite, par ses idées et par le rapport de force aujourd’hui existant, est au pouvoir en Belgique depuis deux mandatures et quelques mois sans mandature aucune!!!
Pour conclure et pour en terminer avec une liste malheureusement non-exhaustive de changements profonds et durables « post Co-vid » comment faire pour ne pas parler du changement le plus profond, celui qui à lui seul aura probablement les conséquences les plus marquantes sur l’organisation de nos vies en société, comme privées: le passage trop rapide (car non négocié par les syndicats) au télé-travail de masse. De la modification nécessaire et obligée (forcée) du droit du travail, à la distanciation physique, en passant par l’impact énorme sur l’organisation de l’espace de vie et de sa vie privée et professionnelle et toutes les injustices que représentera ce changement pour les familles plus modestes et pauvres, dont les surfaces de vie et de travail entreront par force en conflit. Comment séparer vie privée et vie professionnelle, surtout dans le climat social ambiant, ou peur de perte de l’emploi résultera plus que certainement dans l’acceptation de corvées et de missions dépassant les heures officielles de bureau?
Quid du clash de mode gestion entre privé et public, qui avec le passage massif au télé-travail aura opté pour l’organisation individuelle et libérale de notre travail, exit la culture de bureau et la solidarité entre collègues. Comme ça, en une crise « sanitaire », en claquant des doigts, la Co-vid a réalisé ce dont le patronat rêvait depuis des longues années…
Si tous ces changements ne ressemblent pas à une reprise en main du système par la droite et ses extrêmes, cela en aura en tous les cas les conséquences…alors « syndrome de la cabane »? Un peu oui, mais beaucoup plus cette impression bizarre de ne plus posséder le bon mode d’emploi pour ce monde d’après et son insouciance retrouvée très momentanément…
Et maintenant on s’attaquera à la classe moyenne, les autres ne lâcheront rien si on ne le leur reprend pas. Le système l’a compris et les algorithmes vont faire le nécessaire…et plus personne ne se sentira responsable de rien. Merci Pfizer et co!
